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     Accueil > Eglise > dernière mise à jour: 2013-06-13 16:57:38
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Trois mois avec le Pape François, son style, sa parole



Il y a 3 mois, le 13 mars, après un conclave d’un jour et demi, l’archevêque du Buenos Aires, le cardinal Jorge Mario Bergoglio devenait le 266 ème pape de l’Église catholique sous le nom de François.

La désarmante simplicité du personnage, sa jovialité, son langage accessible et sa surprenante sincérité conquièrent d’emblée les foules. C’est un lien symbiotique qui s’établit dès le départ entre « Francesco » et les fidèles.

Trois mois après, l’engouement populaire et médiatique ne se dément pas. Fidèles et touristes accourent en nombre place St Pierre, aux audiences générales, aux angélus du dimanche. On veut voir le Pape, l’écouter, lui offrir des cadeaux, lui présenter les enfants, les malades ; on veut le toucher, si possible lui parler. François fait l’unanimité : « Il apporte quelque chose de frais, de joyeux dans l’Eglise ! ».

Un Pape décomplexé, une parole libre

La jungle médiatique est également sensible à « l’effet François », elle le répercute, et l’alimente. Les gestes du Pape argentin sont scrutés à la loupe, aussitôt interprétés. Ses gestes… et ses propos. Et c'est nouveau au Vatican. François parle volontiers, prend plaisir à s'exprimer. C'est une parole décomplexée qui fait mouche, une petite révolution. Homélies du matin, audiences privées et publiques, interventions faites « a braccio », c’est-à-dire sans texte écrit, lettres envoyées et appels téléphoniques à des amis : presque tout est porté à la connaissance du public, sans qu’il l’ait forcément voulu et prévu.

Ce style décapant et cette parole libre, -souvent difficiles à gérer pour les communicants et journalistes présents au Vatican-, demeurent les traits marquants de ces trois premiers mois de pontificat.

Nous avons recueilli l’avis de Jean-louis de la Vayssière, vaticaniste, correspondant de l’agence France Presse à Rome. Il est interrogé par Manuella Affejee : RealAudioMP3


Ci-dessous l’entretien avec Jean-Louis de la Vayssière, réalisé par Manuella Affejee :

Ah c’est très frappant et c’est tous les jours qu’on a des surprises ! Des surprises qui ne sont pas forcément faciles. Ce matin, nous avions une rencontre avec un discours prévu d’avance, le pape rencontrait le conseil permanent du synode sur la nouvelle évangélisation, et là, il a carrément improvisé un dialogue, posant beaucoup de questions. On n’entendait pas très bien les questions, les réponses, et là il faut absolument réagir à cela, parce que c’est souvent à ces moments là qu’il dit des choses les plus spontanées, les plus importantes.

Comment est-ce que vous arrivez, à faire la part des choses, à vous organiser, à percevoir ce qui est important, à savoir ce qui ne l’est pas…. ?

Il parle énormément. Il y a cette messe tous les jours à Ste Marthe, où il s’adresse à un petit groupe de fidèles, -comme un curé, un petit peu-, avec des formules qui frappent, qui vont dans le cœur des gens. De temps en temps, il se répète aussi. Donc il faut faire le tri de toutes ces choses. Moi, en tant qu’agence de presse généraliste, je ne reprends pas les moindres déclarations, parce que ce serait un peu lassant pour le lecteur. Mais j’essaie de faire ressortir les points forts, des expressions marquantes, pas seulement pour le sensationnel, mais pour montrer comment il revivifie l’Evangile en fait. A mon avis, ce pape dit la même chose que Benoît XVI. Benoît XVI le disait peut-être plus finement, plus en profondeur, mais ce pape va dans le cœur des gens… Je pensais encore ce matin, je me disais, hier à l’audience, il a parlé du travail des enfants, il a parlé du diable, il a parlé des disputes familiales… je me suis dit, dans les bidonvilles des grandes villes du monde, tous ces gens qui écoutent ça à la radio, via Radio Vatican souvent, ça les touche, parce que c’est leur vie quotidienne.

Plusieurs fois aussi, il faut l’admettre, il y a eu quelques petits couacs… Comment interpréter ces paroles du Pape ? Se rend-il compte de l’impact que cela aura dans les médias ?

Je pense que c’est un homme malin, mais un homme très honnête. Et donc il va un peu bousculer les choses, il va dire les choses plus franchement, plus avec cette « langue feutrée » qu’on entendait trop souvent dans l’Eglise. Donc il y a cette volonté de choquer peut-être, par des expressions fortes, quand il parle des « bonnes sœurs », qui peuvent ressembler à des vieilles filles, etc. C’est un peu choquant, et ça peut susciter des critiques dans certains milieux religieux, à juste titre. Mais, il a cette volonté de faire circuler un air frais dans l’Eglise, en fait. Mais effectivement, par ailleurs, ça pose des problèmes d’authenticité : quelle est la force de chaque parole ? Et les cardinaux le disent : la parole n’est pas aussi forte quand il parle à Ste Marthe, quand il fait un discours dans la basilique St Pierre devant des évêques réunis, ce n’est pas du tout le même portée. Mais effectivement, pour les médias, ce sera la même chose. Et de temps en temps, ses propos sont rapportés par d’autres, comme ça a été le cas, il y a deux jours, sur la corruption dans l’Eglise, le « lobby gay », etc. Ca fait « boule de neige », bien sûr, et les médias ont à l’affût de certains sujets.

Vous venez à l’instant d’évoquer cette parole, qui était peut-être parfois un peu trop « feutrée » dans l’Eglise. Et on a constaté qu’il y avait une certaine libération de la parole… On l’a constaté lors des congrégations générales, avec les cardinaux, après le conclave, et c’est maintenant le « boom », si on peut s’exprimer ainsi, avec le pape François… C’est salutaire pour l’Eglise ?

Je pense que c’est salutaire , parce qu’il ne s’agit plus seulement de s’adresser à un petit troupeau… On disait souvent cela du pontificat de Benoît XVI, il voulait vraiment des gens convaincus, c’était surtout pour les initiés. Maintenant, cette idée des « périphéries existentielles », d’aller vers les gens, dans leur situation, pas seulement de pauvreté matérielle, mais aussi de pauvreté morale et spirituelle, dans toutes les situations, dire que le Christ les accueille. C’est cette parole directe, qui peut être imprudente, mais qui, à mon avis, est utile.

Et vous, en tant que journaliste, là je parle d’un point de vue strictement personnel et professionnel, tous ces changements, ces bouleversements qu’on constate, est-ce que c’est stimulant pour vous ? C’est au contraire un peu une « prise de tête » ?

Non, non, c’est très stimulant. Mais par moment, ça va un peu dans tous les sens. On a du mal à ordonner ses pensées, savoir…. Il y a aussi énormément d’analyse… Ce pape suscite énormément d’analyse, de spéculations, on sent déjà que la presse italienne voudrait en faire tel personnage, les Allemands voudraient en faire un autre, etc. (…) A mon avis il veut que l’Evangile arrive à tout le monde. C’est ce vent d’air frais qui nous est arrivé, et qui n’est pas toujours facile à gérer… Mais tout ce qui se fait avec François a été préparé par Benoît. Parce qu’il a travaillé sur le long terme, il a travaillé pour apurer le message de l’Evangile, dans de très belles homélies, catéchèses… Une pensée très claire, qui reste le fondement, à mon avis, pour l’Eglise. Et on a vu ce pape Benoît, on l’a caricaturé comme quelqu’un à contre-courant, fermé sur le monde… En fait, il avait une immense attention pour le monde. Et donc, pour moi, ce que dit François, avec beaucoup de talent, c’est le même message… Simplement, il le revitalise, il le rend proche des gens.


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