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     Accueil > Eglise > dernière mise à jour: 2013-10-10 16:36:47
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Le drame des migrants, le regard de l'archevêque de Tunis



L’assemblée générale de la CERNA, -la conférence épiscopale des régions d’Afrique du Nord-, s’est tenue à Rome, du 6 au 9 octobre. Pendant ces quelques jours, les évêques catholiques du Maroc, de Tunisie, Libye, Algérie ou Sahara se sont retrouvés pour partager ensemble sur les réalités de leurs diocèses, réalités contrastées suivant les contextes géopolitiques de ces pays.

Parmi les évêques présents, Mgr Ilario Antoniazzi, archevêque de Tunis depuis 5 mois. La Tunisie, « berceau » des printemps arabes, vit, souvent dans l’incertitude, les suites du processus révolutionnaire.

Le pays se trouve être également un couloir d’immigration pour les migrants d’Afrique subsaharienne, migrants fuyant souvent la guerre, la faim et les violences pour tenter « le rêve européen ». De grandes espérances qui viennent souvent se fracasser contre les rivages de l’Europe, comme nous le rappellent avec douleur les tragédies de Lampedusa.

Mgr Antoniazzi revient, entre autres, sur la tragédie de l’immigration, suite au dernier naufrage en date près de la petite île italienne, et pointe du doigt la responsabilité européenne : RealAudioMP3

Je pense qu’il y a un double travail à faire: un travail à Lampedusa tout d’abord, recevoir ces personnes qui arrivent, et qui sont à traiter d’une manière humaine. Je sais que l’Italie fait beaucoup de choses pour cela. On peut pas lui reprocher plus que cela à l’Italie, parce que parfois il y en a tellement à Lampedusa, qu’il y a plus de migrants que d’habitants. Mais peut être l’Europe devrait s’intéresser un peu plus aux pays du Maghreb, se demander pourquoi ils s’échappent.
Moi ça m’a beaucoup plu l’expression du Pape quand il a dit que c’est une honte ce qui est arrivé à Lampedusa. Mais le Pape n’a pas dit qui doit avoir honte car il y a des gens qui doivent avoir honte. Et pas seulement en Afrique maintenant. Parce qu’on a envie de dire « ce sont les africains avec leurs problèmes, leurs guerres ». Je ne crois pas cela. Peut-être qu’il y a une responsabilité de l’Afrique mais il y a aussi une responsabilité de l’Europe. Et je me demande ce qu’elle fait pour ces régions pauvres, pour la guerre, qu’est-ce qu’elle fait amener la paix, pour faire que les gens ne rêvent pas de vivre dans un paradis européen qui n’existe pas. L’Europe devrait faire beaucoup plus en Afrique pour que les guerres cessent, pour que les gens aient plus à manger, pour apprendre aux gens qui sont là comment vivre, comment travailler.
Il y a la belle image du samaritain dans l’Évangile. Il ne s’est pas contenté de le porter à l’hôpital et dire « débrouillez-vous ». Non, il a dit « soignez-le et faites tout ce qui est nécessaire. Quand je reviens, je vais payer. » Voilà c’est ça que devrait faire l’Europe, soigner l’Afrique !

L’Europe a sa part de responsabilité mais également les régimes, les régimes africains peut être...

Il ne faut pas rejeter toute la responsabilité sur les régimes africains. Ce sont des régimes que parfois on n'accepte pas. Mais quand il s’agit d’aller pour le pétrole, pour des matières précieuses qui se trouvent dans le sous-sol, l’Europe ne voit pas les régimes, elle les trouve très bien. Sauf quand il y a des tragédies comme celle de Lampedusa... Non, il y a une responsabilité commune et ni l’Afrique ni l’Europe ne doivent y échapper.


Vous êtes donc archevêque de Tunis. Vous êtes arrivé depuis 5 mois maintenant en plein cœur d’une réalité marquée par les changements politiques et sociétaux advenus ces derniers temps. Que pouvez-vous nous dire sur la situation actuelle en Tunisie ?


Vous savez, extérieurement quand on arrive, on trouve que tout va bien. C’est-à-dire qu’on ne voit pas de personnes armées dans la rue, il n’y a pas de coups de feu, il n’y a absolument rien. Oui, il y a des terroristes qui sont venus de l’Algérie et qui ont essayé d’attaquer l’armée. Il y a eu des gens égorgés. Il y a eu des évènements qui sont vraiment douloureux. Mais on n’est pas stable. Nous disons tous les jours « aujourd’hui ça va bien, demain qu’est-ce qui va nous arriver ? On ne sait pas» . Nous n’avons pas de Constitution. Quand on a pas de Constitution, ça veut dire qu’il n’y a pas de loi. Il n’y a pas de gouvernement sérieux et stable surtout parce que l’opposition demande qu’il s’en aille tout le temps. Il y a cette lutte au pouvoir entre le gouvernement et l’opposition. Jusqu’à présent, on vit dans une belle confusion. Et vivre dans la confusion, vous savez, ça peut arriver qu’un jour ça éclate quand les gens n’en peuvent plus de vivre dans la confusion... Confusion qui apporte la pauvreté, qui apporte la peur. Quand on voit qu’il y a des gens qui disent « ça serait mieux de revenir comme on était dans le passé, il y avait plus de sureté » ... Mais on ne peut pas revenir en arrière ! Il faut toujours aller de l’avant. Mais actuellement on ne voit pas de futur, un futur qui soit beau mais surtout à portée de main.


Certains parlent d’une islamisation de la société tunisienne, qu’est-ce que vous en pensez ? Est-ce que c’est quelque chose que vous avez pu vous-même constater ?

Ça, c’est certain. Au temps de Ben Ali avant la dernière révolution, la société ne manifestait pas ces signes d’islamisation comme aujourd’hui. Aujourd’hui on voit par exemple les femmes qui s’habillent comme les frères musulmans. Les hommes portent la barbe. Ce sont des signes. Et ensuite dans les mosquées, souvent on appelle les gens à vivre comme dans le passé. On voudrait remettre à nouveau la Sharia comme la loi du pays. Et les gens, le peuple qui a été habitué à une certaine liberté dans le passé, ne veut pas revenir comme il était peut-être au temps de la... ou comme dans d’autres pays islamiques où la loi de la Sharia est appliquée. C’est pour cela qu’il y a une lutte interne, c’est pour cela qu’il suffit d’une étincelle et tout risque de brûler. Et ça sera très dur.

Vous pensez que cela risque d’arriver ?

J’espère que non bien entendu, il faut être toujours optimiste. Le Pape dit toujours « Ne laissez pas l’espoir mourir ». Et le peuple tunisien, c’est un peuple qui aime la vie, qui aime vivre. ..Vivre dans un certain plaisir, dans une certaine facilité, dans une fête. Et je ne crois pas qu’il soit capable de détruire tout ça, d’entrer dans une autre guerre ou dans une autre révolution surtout si elle est armée. Mais... il y a un « mais ».


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