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     Accueil > Charité et Solidarité  > dernière mise à jour: 2013-11-15 17:22:18
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Centrafrique : 40 000 réfugiés à la mission catholique de Bossangoa



La Centrafrique est toujours en proie au chaos, souvent dans l’indifférence de la communauté internationale. Les pillages, meurtres et autres braquages se multiplient à Bangui, la capitale, et se font désormais en plein jour, dans le centre ville, au vu et au su de tous.

A Bossangoa, à 300 km au nord de Bangui, 41 000 personnes sont regroupées dans la mission catholique. Ces villageois ont fui leur domicile, de peur d’être victime des exactions et exécutions sommaires commises par d’anciens membres de la Séléka. Promiscuité, conditions sanitaires déplorables, crise alimentaire… Une situation jugée « indigne » par l’archevêque de Bangui, Mgr Dieudonné Nzapalainga, après s’être rendu sur place.

Valérie Kaye, chargé de communication de la Caritas Internationalis en Centrafrique, accompagnait Mgr Nzapalainga lors de cette visite à Bossoanga. Ecoutez son témoignage. RealAudioMP3

Valérie Kaye : Il y a une possibilité de régler le problème en Centrafrique mais il faut vraiment agir vite parce que toutes les conditions sont là pour une descente aux enfers. À Bossangoa, je crois que c’est vraiment un cas très particulier et impressionnant parce qu’on a traversé la ville, qui est vide. Il y a pratiquement 2.200 maisons qui ont été brûlées, il y a 41.000 personnes qui se sont réfugiées dans le centre catholique de Bossangoa. Ce que vous voyez dans ce centre, c’est absolument impressionnant parce que vous rentrez et partout, il y a des gens : 14.000 enfants, 41.000 personnes dans un espace de 19 hectares. Partout où on va, il y a des gens. Moi, j’ai dormi dans le centre d’accueil de Bossangoa, j’ai dû mettre vingt minutes pour arriver à ma chambre parce que les gens étaient allongés par terre. On est arrivés le soir et avec une torche, j’ai dû essayer de faire un parcours comme sur un champ de mines pour ne pas écraser une main, un pied. En trois jours, 500 personnes sont arrivées. Même le parking est rempli de gens. C’est absolument hallucinant.

Radio Vatican : Plus de 40.000 personnes qui vivent, on l’imagine, dans des conditions alimentaires et sanitaires désastreuses ?

V. K. : Il y a quelques semaines, on comptait 5 personnes qui mourraient chaque jour dans la mission. Les conditions se sont légèrement améliorées et j’insiste sur le « légèrement » parce que maintenant, il n’y a plus que 2 personnes qui meurent. On a essayé de mettre des latrines, d’améliorer les conditions sanitaires, mais ça reste extrêmement précaire. Aujourd’hui heureusement, il y a une bonne nouvelle : des kits d’hygiène sont arrivés pour la première fois pour couvrir 48.000 personnes. C’est la première fois qu’il y a vraiment une assistance à la hauteur du nombre de déplacés dans ce camp. Beaucoup de gens n’ont reçu aucune assistance depuis deux mois. J'ai vu des cas de malnutrition évidents, des enfants avec le ventre distendu. 40 % de ces 41.000 personnes ont le paludisme. Je n’ai pas vu une seule tente à moustiques dans ce camp ! C’est vraiment difficile à décrire, je crois qu’il faut vraiment être sur place et voir la misère dans laquelle ces gens se trouvent pour se rendre compte du problème. Je crois que c’est le côté , la crise visible du pays.

RV : Et ailleurs, dans les campagnes ?

V. K. : Sur le chemin de Bossangoa, j’ai fait 100 km de route et de chaque côté de la route, les villages étaient soient brûlés, soient complètement vides. C’est une vision très bizarre pour ceux qui connaissent l’Afrique puisque normalement il y a toujours des gens au bord de la route, il y a des enfants qui jouent, il y a des activités, des couleurs, etc. Aujourd'hui, tout est vide, c’est absolument effrayant. La question est de savoir dans quelles conditions vivent les gens qui se sont déplacés, qui se sont enfuis dans la brousse et qui n’ont accès à aucune aide.

RV :Ces personnes, ces familles, ont peur de rentrer chez elles. Un véritable climat de peur s’est installé ?

V. K. :C’est vraiment palpable à Bossangoa. Dans un climat où justement l’État fait faillite, l’Église est leur seul refuge. Les réfugiés ne veulent absolument pas rentrer chez eux, dans les conditions sécuritaires actuelles. Même les ONG ont demandé qu’on déplace ces gens dans un autre camp et ils ont refusé de quitter la mission. C’est incroyable de voir le travail de ces volontaires de la Caritas de Bossangoa, qui pour certains n’ont pas été payés depuis des mois. Ils sont là, ils parlent avec des gens, ils n’ont rien à leur offrir mais ils sont là pour les écouter. Et cette foi... Je me réveillais le matin avec des gens qui priaient. La cathédrale est envahie, c’est-à-dire que le soir, ça devient un dortoir et quand vous vous réveillez vers 4h-4h30 du matin avec des prières, cette espèce de murmure absolument émouvant... C’est très impressionnant de voir ces gens qui sont maintenant tenus, non par l’aide alimentaire mais par la foi. Constater cela m’a beaucoup émue.

Des propos recueillis par Hélène Destombes


(Photo : les réfugiés campent devant l'église de Bossangoa)


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