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     Accueil > Politique  > dernière mise à jour: 2014-04-01 12:45:00
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France : Valls, le pari politique de Hollande



(RV) Entretien - Nommé lundi soir par le président François Hollande, le nouveau Premier ministre français Manuel Valls entame des consultations ce mardi en vue de former un nouveau gouvernement, deux jours après la cinglante défaite des socialistes aux municipales.

François Hollande a entendu le « mécontentement » et la « déception » des Français. Après le revers cinglant de son parti aux dernières élections locales, le président français, pressé de toute part, a décidé de réagir. Lors d'une allocution télévisée solennelle de huit minutes, il a ainsi affirmé qu’il était « temps aujourd'hui d'ouvrir une nouvelle étape », ajoutant qu'il avait confié à l'ancien ministre de l'Intérieur « la mission de conduire » un « gouvernement de combat ».

Pourquoi François Hollande a-t-il choisi Manuel Valls pour succéder à Jean-Marc Ayrault ? La réponse de Bruno Cautrès, chercheur au CNRS et au Cevipof à Paris RealAudioMP3 (à lire en intégralité à la fin de l'article)

Ce changement de Premier ministre a suscité des réactions hostiles au Front de gauche, tandis qu'Europe Ecologie-les Verts, membre de l'actuelle majorité au pouvoir, a posé des conditions à son soutien au futur gouvernement. Les deux écologistes du gouvernement sortant, Pascal Canfin (Développement) et Cécile Duflot (Logement) ont prévenu avant les consultations menées ce mardi qu'ils n'entendaient pas « participer à ce nouveau gouvernement » estimant que la nomination de Manuel Valls n'était « pas la réponse adéquate aux problèmes des Français ».

Avant même d'être formé, quelle crédibilité pour le prochain gouvernement de Manuel Valls ? RealAudioMP3

Pour François Hollande, Manuel Valls « a les qualités » requises pour agir et conduire « une équipe resserrée, cohérente et soudée » afin de mettre en œuvre le pacte de responsabilité, pierre angulaire de sa politique économique, qui prévoit une baisse des charges des entreprises en échange d'embauches.

Des noms circulent dans la presse. Parmi les nouveaux entrants, sont cités régulièrement Ségolène Royal, candidate à la présidentielle de 2007 et ancienne compagne du président, peut-être pour prendre un ministère élargi de l'Éducation, ou encore François Rebsamen, réélu à la mairie de Dijon, et qui pourrait s'occuper de l'Intérieur, un poste qu'il souhaitait en 2012.

Sans connaître la composition de la nouvelle équipe, de quelle marge de manœuvre dispose le futur gouvernement ? RealAudioMP3

Pour tenter de rassurer l'aile gauche de sa majorité, inquiète de la nomination de Manuel Valls et qui réclamait des mesures de justice sociale, François Hollande a annoncé aussi un « pacte de solidarité » ainsi qu'une « diminution des impôts des Français » d'ici à 2017 et « une baisse rapide des cotisations » des salariés.

La formation du gouvernement sera annoncée mercredi matin, avec un premier Conseil des ministres jeudi après-midi. (avec AFP)


Pourquoi le choix de Manuel Valls ?
Manuel Valls, depuis le début du mandat de François Hollande, est à peu près le seul ministre qui est arrivé à la fois à crever l’écran, à imposer son image dans l’opinion (puisque les spécialistes de politique le connaissaient bien mais l’opinion nettement moins) et en même temps, à avoir une popularité qui ne s’est pas démentie. François Hollande ne pouvait donc pas, d’une certaine manière, échapper à la nomination de Manuel Valls. Il y a un certain nombre d’informations dans la presse, depuis lundi, qui indiquent que François Hollande aurait peut-être essayé de trouver une autre hypothèse. Moi, j’étais à peu près convaincu que François Hollande ne pourrait pas fondamentalement échapper à la nomination de Manuel Valls, à la fois par rapport à sa popularité dans l’opinion mais aussi parce que François Hollande a besoin d’un second souffle.

On a le sentiment aujourd’hui que le pouvoir exécutif est à bout de souffle, on a même du mal à croire que François Hollande n’a toujours pas effectué la moitié de son mandat : il ne le fera que cet automne. Il avait donc besoin d’une personnalité, incarnant à la fois quelque chose qui existe dans l’opinion et susceptible d’être un porteur crédible du pacte de responsabilité. Hier soir, François Hollande a maintenu le cap sur le pacte de responsabilité et il avait évidemment besoin de quelqu’un incarnant, pas nécessairement l’aile droite du Parti socialiste, mais au moins l’aile réaliste du parti socialiste.

Nommer une personne qui divise la gauche, est-ce un choix intelligent ?
Évidemment le choix de Manuel Valls pose des problèmes à la gauche du Parti socialiste ou aux écologistes ou encore au Front de gauche. On a évidemment entendu des déclarations extrêmement tonitruantes de Jean-Luc Mélenchon. Je pense qu’il va falloir regarder à travers la composition du gouvernement, voire l’intitulé d’un certain nombre de ministères, pour voir les signes que Manuel Valls a souhaité envoyer au peuple de gauche pour dire « je suis un socialiste réaliste mais je suis à gauche ». Il y a fort à parier qu’à travers certaines nominations au gouvernement ou peut-être même l’affichage de certaines thématiques à travers l’intitulé de ministère, il va y avoir des messages qui vont être envoyés à gauche.

Je crois que l’une des grandes inconnues, notamment pour savoir quelle sera l’équation personnelle de Manuel Valls, c’est de savoir ce que font les écologistes. Aujourd’hui, les écologistes vont rencontrer Manuel Valls. On comprend qu’ils vont lui faire un certain nombre de propositions en lui disant quels sont les thèmes qui sont des conditions fondamentales pour se maintenir au gouvernement. Et à partir de là, je crois qu’on aura une meilleure idée pour savoir si le centre de gravité du gouvernement Valls est vraiment centre-droit ou s’il arrive à faire le grand écart : être à la fois Manuel Valls, économique et réaliste du point de vue de son positionnement dans l’opinion et en même temps, chef de la majorité de gauche.

Quelle est la crédibilité du gouvernement Valls ?
Il y a deux aspects de la crédibilité : il y a à la fois la crédibilité externe et la crédibilité interne. La crédibilité externe, c’est cette crédibilité du gouvernement français vis-à-vis à la fois des institutions financières internationales, des marchés financiers et de l’Union européenne. Je pense que pour le moment, on est dans l’expectative, on ne connaît pas bien Manuel Valls. C’est quelqu’un qui a pour réputation d’être quelqu’un de caractère, qui a des convictions. Je pense que les marchés financiers, les institutions financières et l’Union européenne attendent donc à la fois la composition du gouvernement et sa déclaration de politique générale pour lui faire totalement confiance. Je crois que pour le moment, on doit plutôt être avec un très gros point d’interrogation.
Après, il y a la crédibilité interne. Celle de Manuel Valls est fondamentalement ambiguë. Aujourd’hui, Manuel Valls est très populaire mais il est quand même plus populaire à l’intérieur des électeurs centristes ou de droite qu’à l’intérieur de l’électorat de la gauche. Il lui reste donc à convaincre la gauche qu’il est bien un homme de gauche et ça sera bien sûr à travers la composition du gouvernement et peut-être certaines nominations un peu symboliques qu’il va essayer de gagner cette bataille d’opinion.

On s’attend à de nouvelles têtes qui entreraient dans ce gouvernement de Manuel Valls. Nouvelles têtes mais pourtant, même priorité. Le président l’a dit lundi soir : le pacte de responsabilité est maintenu. Quelle marge de manœuvre peut avoir ce nouveau gouvernement ?
Je pense que les marges de manœuvre sont absolument inexistantes. L’Assemblée Nationale française va recommencer ces travaux au début du mois d’avril et en particulier, elle a sur son agenda le vote du pacte de responsabilité, avec les coupes budgétaires correspondant aux 50 milliards d’euros d’économie que le chef de l’État demande à sa majorité de valider sur la période allant jusqu’en 2017. Les marges de manœuvre sont également inexistantes parce que l’Europe nous attend au coin du bois. Au cours des dernières semaines, la Commission européenne a rappelé qu’elle considérait que la France ne faisait pas d’efforts assez importants. On a vu que la France n’a pas tenu ses engagements vis-à-vis de la Commission européenne pour nos taux d’endettement en 2013 : 4,3 alors qu’on avait annoncé 4,1. Les marges de manœuvre sont donc quasiment inexistantes.

On se demande même où François Hollande va trouver les moyens de faire son pacte de solidarité annoncé lundi et dont il a bien pris garde de ne pas dire des choses extrêmement précises. On sait qu’il devrait y avoir une baisse des impôts sur les ménages à l’horizon de 2017, une baisse des cotisations sociales mais c’est compliqué parce que ce sont justement les cotisations sociales qui financent la politique sociale française. Là, on peut même se demander s’il n’y a pas une sorte de contradiction dans le fait de vouloir baisser les charges salariales sur la partie qui finance l’assurance sociale française. Les marges de manœuvre sont extrêmement ténues et je pense que quel que soit le locataire de Matignon, il n’y aurait pas eu fondamentalement de différences de ce point de vue-là.


Photo : le nouveau Premier ministre français Manuel Valls


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